Publié le mai 6, 2014 Par mmh

Le financement participatif solidaire en France : les raisons du boom

Le constat selon lequel les pays développés connaissent un fort développement du financement participatif solidaire ou crowdfunding est désormais bien connu. Qu’en est-il précisément du cas de la France ?

Les français sont traditionnellement généreux 

La générosité des français ne se dément pas d’années en années au gré des grandes opérations de collectes comme le Téléthon avec un record de 82 M€ de promesses de dons (contre 78,3 M€ en 2013), ou encore le Sidaction qui a collecté près de 5 M€ toujours en 2014.

-

Les services de la Direction générale des finances publiques ont indique que les dons déclarés par les contribuables en France ont représenté plus de 2 ,1 Mds € en 2012. Ce sont les contribuables déclarant plus de 39000 € de revenus nets imposables qui sont les plus généreux. La 19ème enquête annuelle sur la générosité des français publiée le novembre 2013, recense de son côté plus de 4 Mds€ de dons en 2013 par 123 associations et fondations auprès des particuliers (hors legs). On le voit bien, la générosité des français n’a pas attendu le financement participatif solidaire pour se manifester !

 Le financement participatif solidaire en France : depuis quand ?

La nouveauté réside dans l’apparition de plateformes internet de financement participatif en France à partir de 2006. D’abord orientées vers le financement de la production artistique à l’instar de MyMajorCompany, ces plateformes accessibles sur des sites internet ont par la suite, investi le champ du social et de l’humanitaire jusqu’à couvrir de très nombreux domaines d’activité (cinéma, mode, handicap, commerce de proximité…).

D’abord modeste, leur développement connaît à partir de 2010 une accélération remarquable comme le montre le baromètre annuel réalisé par l’association du financement participatif France.

La progression a de quoi donner le vertige en France et devrait se poursuivre encore quelques années. Mais comment expliquer un tel phénomène ?

Crowdfunding

Comment expliquer ce boom du financement participatif solidaire en France ?

Si le constat du boom du financement participatif solidaire fait l’unanimité, l’explication du phénomène est beaucoup moins évidente. L’analyse du phénomène permet de pointer quelques causes et de relativiser quelque peu le phénomène.

La prudence dans l’observation du phénomène s’impose en raison de possibles biais statistiques. En effet, les chiffres en France, proviennent du baromètre qui a été effectué sur un panel de 36 plateformes en 2013. Le nombre de plateformes interrogées est plus élevé d’années en années ce qui augmente mécaniquement les résultats tout en permettant d’obtenir un photographie plus précise du phénomène. A contrario, certaines plateformes ne répondent pas aux questions ou proposent des réponses incomplètes obligeant les enquêteurs à estimer les flux des dons relatifs aux données manquantes.

Ces biais statistiques sont inhérents à la réalisation des enquêtes et baromètres et n’entament pas le constat de la très forte progression du financement participatif solidaire depuis quelques années.

Après ces remarques de prudence, nous pouvons dresser trois principales raisons explicatives au phénomène :

– La progression du taux d’accès à l’internet et la « numérisation » de la générosité des français

La baisse des prix des forfait internet, le développement des offres « triple play » et le développement des pratiques de paiement en ligne ont favorisé la collecte des dons par internet. Les français ne sont pas nécessairement plus généreux que dans le passé, ils ont simplement intégré leur générosité dans leur usage de l’internet. Il s’agit là d’un phénomène de « numérisation » de la générosité des français.

– Un désaveu des français vis-à-vis du système bancaire et l’exploration d’alternatives 

La crise des subprimes a fait prendre conscience à l’opinion publique mondiale des conséquences de la spéculation financière sur l’économie réelle. Les années qui ont suivi la faillite de la banque Lemman Brothers n’ont fait que renforcer le constat selon lequel les banques ne pouvaient plus assurer efficacement leur rôle de financement de l’économie. L’application des nouvelles normes bancaires prudentielles, le durcissement des conditions d’accès aux crédits bancaires ont poussé progressivement les ménages à se tourner vers des financements alternatifs et solidaires par rapport au traditionnel système bancaire.

– Un soutien politique et institutionnel accru en faveur du financement participatif en général

Certains courants politiques voient dans le financement participatif un outil de financement, offrant l’avantage de contourner la puissance bancaire et permettant de redonnant aux citoyens, le pouvoir de peser sur les orientations économiques. On ne compte plus sur les plateformes, les créations de coopératives ou de petites entreprises qui espèrent lever des dons pour financer leur lancement.

Depuis 2013, le gouvernement n’a pas caché sa volonté de favoriser le financement participatif et a entamé une réflexion qui a mené aux annonces du projet de loi en février 2014, relatif à l’assouplissement des conditions réglementaires en vigueur pour les plateforme de crowdfunding.

Le boom du financement participatif solidaire pourrait bien être l’illustration de la « numérisation de la générosité des français ». Cette générosité a pu dépasser les traditionnelles causes caritatives et humanitaires pour des causes plus économiques et sociales. Pour autant, les montants concernés par le financement participatif solidaire ne représentent encore à peine 1 % de l’ensemble des dons déclarés par les foyers fiscaux en 2012.